En 12 mois, les caméras de fixation automatique ont identifié près de 2 900 conducteurs qui ont dépassé la limite de vitesse plus de 50 fois. Environ 35 000 autres l'ont fait plus de dix fois. Ce n'est pas une anomalie : c'est une norme de comportement documentée sur les routes ukrainiennes, que le système enregistrait depuis des années — sans l'arrêter.
Ce qui s'est passé le 5 juin
Sur le boulevard Chokolivski à Kiev, le conducteur d'une Mercedes-Benz C300, Pavlo Pleshivtsev, a perdu le contrôle à grande vitesse et s'est engouffré dans un passage souterrain pour piétons. Quatre personnes ont péri : un garçon de 12 ans, Grigori Glushich, une femme de 47 ans et deux policiers âgés de 21 et 23 ans. Trois autres ont été blessés.
Un détail qui change le contexte : avant l'accident, 39 infractions au Code de la route ont été enregistrées contre le véhicule de Pleshivtsev. Il avait participé à quatre accidents, dont deux en 2025. Selon l'enquête, au moment de l'accident, il effectuait une course de taxi. La Cour de Chevtchenko a ordonné une mesure de prévention — 60 jours de détention préventive sans droit à caution. Il encourt jusqu'à 10 ans de prison.
« Le conducteur de la Mercedes a percuté à grande vitesse le passage souterrain où se trouvaient des personnes »
Parquet de la ville de Kiev
Ce que le gouvernement propose — et ce qui manque dans ces propositions
La Première ministre Yulia Svyrydenko a tenu une réunion avec le ministre de l'Intérieur Igor Klymenko et a annoncé quatre axes de réforme : des sanctions plus strictes pour les contrevenants récidivistes, une graduation des amendes selon le degré de dépassement de vitesse, l'amélioration du système de fixation automatique et la réglementation législative des trottinettes électriques.
Le nombre de caméras devrait passer de 377 à plus de 410. Svyrydenko a constaté : « Là où fonctionne le contrôle, les conducteurs respectent plus souvent les règles ».
Cependant, les seuils spécifiques des amendes et le mécanisme de retrait de permis pour infractions accumulées sont absents de l'annonce. Selon Svyrydenko, les décisions finales seront élaborées en tenant compte des propositions de la société — une formulation qui précède généralement de longues négociations.
On discute séparément de l'idée de tenir compte non seulement du nombre d'infractions, mais aussi du degré de leur dangerosité — c'est-à-dire une transition potentielle d'une approche purement monétaire à une approche par points ou fondée sur le permis, comme dans la plupart des pays de l'UE.
Un problème systémique exprimé en chiffres
L'histoire de Pleshivtsev ne concerne pas un seul conducteur. Elle montre que 39 infractions enregistrées n'ont pas déclenché une seule action préventive : ni retrait de permis, ni augmentation des amendes, ni aucun autre obstacle administratif. Les caméras collectaient des données — mais ces données ne se convertissaient pas en conséquences pour une personne spécifique.
C'est cette lacune — l'absence de lien automatique entre les infractions accumulées et le statut juridique du conducteur — que la réforme devrait combler en premier lieu. Pour l'instant, cela n'apparaît pas dans les annonces.
Si le gouvernement n'établit pas un seuil automatique de retrait de permis en fonction du nombre d'infractions — et ne se contente pas d'augmenter les amendes — le prochain Pleshivtsev passera à nouveau inaperçu dans le système.