Abordage en haute mer : comment les États-Unis tentent d'étouffer le flux pétrolier iranien sans déclarer la guerre

Les militaires américains se préparent à saisir des pétroliers iraniens en eaux internationales — bien au-delà du Moyen-Orient. Ce n'est pas une simple rhétorique : depuis décembre 2025, les États-Unis ont déjà confisqué au moins trois navires — des Caraïbes à l'océan Indien.

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Морський піхотинець США на борту десантного корабля спостерігає за судноплавством під час операцій США з морської блокади (Фото: Центральне командування США)

Les militaires américains se préparent à arraisonner et à saisir les pétroliers et navires commerciaux liés à l'Iran dans les eaux internationales dans les jours à venir. Selon le Wall Street Journal, citant des responsables américains, l'opération ne se limite pas au Moyen-Orient — la géographie est délibérément floue.

Le schéma : flotte fantôme, pavillon et juridiction

La « flotte fantôme » iranienne n'est pas un ensemble de navires distincts, mais, comme l'explique le centre d'analyse Kharon, « un écosystème commun de services contournant les sanctions », où un même navire peut avoir plusieurs propriétaires, plusieurs pavillons et aucune juridiction réelle. Selon Kharon, au cours de 2025, plus de 70 % des pétroliers soumis aux sanctions ont changé de pavillon au moins une fois — pour masquer le propriétaire et compliquer la confiscation.

C'est précisément ce schéma qui donne aux États-Unis un fondement juridique pour agir. Comme l'explique USNI News, citant deux anciens conseils juridiques en chef de la Garde côtière, le mécanisme clé est la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS) : si un navire revendique deux nationalités ou navigue sous un pavillon fictif dont le pays d'immatriculation conteste l'enregistrement, il est considéré comme « apatride » — et relève de la juridiction américaine.

« Ils ont revendiqué deux nationalités — donc ils n'ont aucune protection ».

Ancien conseil juridique en chef de la Garde côtière américaine Baumgartner — USNI News

L'ironie : les États-Unis eux-mêmes n'ont pas ratifié l'UNCLOS, mais s'appuient sur ses dispositions pour légaliser les saisies en haute mer.

Ce qui s'est déjà passé : des Caraïbes à l'océan Indien

L'opération n'est pas une annonce — elle se déploie déjà depuis décembre 2025. Le premier pétrolier saisi — le MT Skipper — a été arrêté le 10 décembre 2025 près du Venezuela : la Guyane a confirmé que l'immatriculation était fictive. En janvier 2026, la Garde côtière a saisi le MT Olina (9 janvier) et le MT Sagitta, immatriculé sous pavillon panaméen. En février 2026, le Pentagone a annoncé la saisie du MT Bertha dans l'océan Indien — le troisième navire de la « flotte fantôme » iranienne, suivi des Caraïbes à travers la moitié du globe.

« De la mer des Caraïbes à l'océan Indien — nous l'avons suivi et arrêté. Aucune autre nation n'a une telle portée mondiale ».

Le Pentagone dans une publication sur X après la saisie du MT Bertha, février 2026

Selon le Département d'État américain, depuis le début de 2025, le Trésor américain a identifié plus de 20 pétroliers comme cibles potentielles de confiscation — et a sanctionné des navires du Cameroun, de la Barbade, d'Aruba et des îles Marshall, dont les gestionnaires sont immatriculés aux Seychelles, au Kazakhstan et en Chine.

La logique de la pression et ses limites

L'expansion de l'opération au-delà du golfe Persique a un objectif concret : forcer l'Iran à se mettre à la table des négociations sur son programme nucléaire — ou accepter des conditions rendant physiquement impossible son export de pétrole. Les analystes de l'Institute for the Study of War notent que le blocus des ports iraniens n'a pas de limites géographiques fixes : les États-Unis peuvent arrêter un navire presque n'importe où en eaux internationales avant qu'il n'atteigne le port de destination.

Cependant, la confiscation est une opération techniquement complexe. Selon le WSJ, chaque pétrolier saisi nécessite de mobiliser du personnel et des navires d'escorte pour le conduire au lieu de stockage de la cargaison. Deux pétroliers — Galileo et M Sophia — sont actuellement à l'ancre près de Ponce, Puerto Rico.

  • Fondement juridique : statut de navire « apatride » selon l'UNCLOS + accords bilatéraux sur l'escale (notamment avec le Panama)
  • Géographie : mer des Caraïbes, océan Indien, mer d'Arabie — sans périmètre fixe
  • Objectif : pétroliers chargés et navires transportant d'éventuelles armes
  • Risque : chaque confiscation nécessite une logistique et peut provoquer des mesures de rétorsion de l'Iran contre le transport maritime neutre

En novembre 2025, CENTCOM a officiellement condamné la saisie par l'Iran du pétrolier M/V Talara dans le détroit d'Ormuz comme violation du droit international. Maintenant, les États-Unis font la même chose — mais avec une argumentation juridique différente et dans des eaux différentes.

Si les négociations sur l'accord nucléaire s'enlisent, l'ampleur des confiscations maritimes augmentera probablement — mais cette stratégie tiendra-t-elle face à un examen juridique au moment où la Russie envisage déjà de recourir à des procès devant les tribunaux internationaux pour la saisie de ses « propres » navires ?

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