Bessent a promis de ne pas continuer — et il a continué : comment Washington a de nouveau assouplissement les sanctions contre la Russie

L'administration Trump a rétabli l'autorisation d'achat de pétrole russe deux jours après une promesse publique de ne pas le faire. Les sénateurs démocrates ont qualifié la décision de « honteuse » et ont affirmé que Poutine « mène Trump par le bout du nez ».

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Чак Шумер (фото: ЕРА)

Vendredi soir, le ministère des Finances américain a publié discrètement un document qui contredisait les paroles prononcées par son propre chef 48 heures plus tôt. General License 134 — une autorisation d'achat de pétrole russe sans risques de sanctions — a été prolongée de 30 jours supplémentaires, jusqu'au 16 mai.

Mercredi, lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, le ministre des Finances Scott Bessent a déclaré sans équivoque : « We will not be renewing the general license on Russian oil » (Nous ne renouvellerons pas la licence générale sur le pétrole russe). L'administration n'a pas expliqué publiquement ce revirement. Une source anonyme citée par Scripps News a laissé entendre que la demande provenait de pays partenaires — l'Asie fait face à une crise énergétique suite à la fermeture du détroit d'Ormuz après la frappe américaine contre l'Iran.

Ce que cette licence signifie en pratique

La première version de GL-134 est apparue en mars — simultanément à la crise iranienne et à la fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel passe un cinquième du pétrole mondial. Les conséquences pour la Russie ont été immédiates : les revenus quotidiens des exportations de pétrole ont doublé — passant de 135 millions de dollars en janvier à 270 millions de dollars en mars. Les analystes ont calculé que si les prix se maintiennent, les revenus annuels russes des hydrocarbures atteindront 180 milliards de dollars — trois fois plus que ce que le Kremlin gagnait en hiver 2025-2026.

C'est un contraste frappant avec ce qui s'était produit seulement quelques mois auparavant. Au début de l'année, la Russie traversait sa pire période fiscale depuis le début de l'invasion à grande échelle : les revenus des hydrocarbures avaient chuté de 50% en glissement annuel, le déficit des deux premiers mois atteignait 42 milliards de dollars, et le gouvernement se préparait à réduire les dépenses non militaires de 10%. Les sanctions semblaient enfin commencer à fonctionner.

Réactions : « honteux » et « revirement de 180 degrés »

Un trio de sénateurs démocrates — le chef de la minorité Chuck Schumer, la présidente de la commission bancaire Elizabeth Warren et le président de la commission des relations internationales Ben Cardin — ont publié une déclaration commune immédiatement après l'annonce de la décision.

« Cette décision est honteuse et représente un revirement de 180 degrés par rapport aux paroles du secrétaire Bessent, à peine deux jours après qu'il ait promis de ne pas prolonger l'assouplissement des sanctions contre la Russie. Qu'on ne s'y trompe pas : Poutine est devenu l'un des plus grands bénéficiaires de la guerre du président Trump contre l'Iran, puisque les revenus pétroliers russes ont quasi doublé ».

Déclaration commune des sénateurs Cardin, Schumer et Warren

Les sénateurs ont également rappelé le contexte : cette décision a été prise quelques jours après le plus grand bombardement aérien de l'Ukraine par la Russie en 2025, qui a fait 18 morts. « Quel message envoie cette décision ? » se demandent les législateurs, accusant le président de permettre à Poutine de le « mener par le bout du nez ».

Pourquoi l'Europe est importante ici

L'UE et la Grande-Bretagne ont refusé d'assouplir les sanctions. Cependant, le désaccord stratégique entre l'Europe et Washington est devenu un cadeau pour les propagandistes russes, qui se sont empressés de déclarer que même l'Amérique reconnaît que le monde a besoin du pétrole russe.

La flotte fantôme russe — environ 350 navires — transporte 56% du volume de pétrole, et 67% de tout le pétrole brut russe est expédié en dehors de la juridiction du G7. Cela signifie que même une restauration complète des sanctions n'aurait pas l'effet qu'elle aurait pu avoir il y a deux ans.

La réaction de l'Ukraine s'est avérée éloquente sans paroles : samedi, quelques heures après l'annonce de la prolongation de la licence, les drones ukrainiens ont frappé les raffineries de pétrole russes — selon CNN.

La question clé n'est plus de savoir si la licence sera prolongée après le 16 mai — mais plutôt si les paroles de Bessent resteront un signal quelconque pour les marchés et les alliés si l'administration change d'avis à nouveau dans les 48 heures.

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