Le 4 juin, lors d'une réunion du Conseil de l'UE au Luxembourg, le ministre allemand de l'Intérieur Alexander Dobrindt a clairement indiqué : le contrôle des passeports aux neuf frontières internes du pays restera en place. Malgré les demandes de la Commission européenne — et malgré le fait que le code Schengen définit ces vérifications comme une exception temporaire, et non comme une norme.
Ce qui se passe réellement
Le contrôle a été mis en place par le gouvernement Scholz en 2024 — après une série d'attaques notables de la part de migrants. Mais le gouvernement actuel de Merz n'a pas seulement préservé ce contrôle, il l'a également étendu : selon InfoMigrants, depuis mars 2025, les vérifications s'effectuent aux frontières avec la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, le Danemark, l'Autriche, la Suisse, la République tchèque et la Pologne. La période a été prolongée jusqu'en mars 2026.
Dobrindt affirme que ces mesures ont porté leurs fruits — elles ont réduit les entrées illégales et contrecarré la traite des personnes. La Commission européenne a formellement accepté la prolongation, invoquant des « menaces sérieuses à l'ordre public », mais en parallèle, elle insiste sur le retour à la libre circulation.
Une limite juridique que Berlin n'a pas encore franchie — mais s'en rapproche
Le code Schengen permet les vérifications internes temporaires d'abord pendant six mois avec possibilité de prolongation — mais au total pas plus de deux ans. Comme le note InfoMigrants, cette limite se profile déjà à l'horizon. L'analyste des migrations Gerald Knaus avertit : si les tribunaux — notamment la Cour de justice de l'UE — reconnaissent la pratique allemande comme illégale et que Berlin l'ignore, cela alimentera précisément les partis, notamment l'AfD, qui demandent déjà de se retirer de Schengen.
« Le gouvernement devrait profiter de l'occasion et lever une partie des contrôles cet été »
— Gerald Knaus, analyste des migrations, InfoMigrants
Dobrindt, quant à lui, met en place une stratégie parallèle : il forme une « coalition des volontaires » au sein de l'UE pour renforcer le système commun d'asile (GEAS) et les frontières externes — en comptant sur le fait que cela permettra finalement de restaurer Schengen sans contrôles internes.
Un contexte plus large : l'Allemagne n'est pas seule
Berlin n'est pas une exception ici — l'Autriche, la Pologne et plusieurs autres pays maintiennent également ou élargissent le contrôle interne. Mais l'Allemagne, avec sa position centrale sur les plans géographique et politique, donne le ton : si la plus grande économie de l'UE normalise un recul par rapport à Schengen, d'autres obtiennent un argument supplémentaire pour faire de même.
- 9 frontières — des vérifications s'effectuent à toutes les frontières internes de l'Allemagne
- Jusqu'en mars 2026 — délai officiellement prolongé du contrôle
- 2 ans — le maximum autorisé par le code Schengen sans nouvelles bases juridiques
- GEAS — le nouveau système commun d'asile de l'UE, sur lequel Dobrindt fonde ses espoirs, devait entrer en vigueur en juin 2025
L'enjeu de Dobrindt est clair : résister à la pression de Bruxelles, montrer des résultats aux électeurs et attendre que le système pan-européen réformé élimine le besoin de contrôle de manière organique. Mais si le GEAS ne fonctionne pas comme prévu, ou si les tribunaux arrêtent la pratique allemande plus tôt — Berlin devra soit battre en retraite publiquement, soit affronter ouvertement le droit européen.
Le fait que cette stratégie tienne jusqu'en mars 2026 dépend d'une seule chose : si l'un des pays voisins saisit la Cour de justice de l'UE avant que Dobrindt n'ait le temps de montrer des statistiques de baisse des entrées illégales.