Jusqu'au 14 mai 2025, le droit militaire ukrainien ne connaissait qu'une seule forme d'adieu — l'inhumation ou la réinhumation. S'il n'y avait pas de corps, il n'existait pas de procédure officielle pour dire adieu dignement. La loi n°15029, pour laquelle ont voté 273 députés du peuple, comble cette lacune.
Qu'est-ce qui a changé exactement
Le Statut des services de garnison et de garde des Forces armées a été complété par un nouvel article 81-1. Il introduit une procédure distincte — le rituel militaire d'adieu — pour les militaires déclarés morts par la cour en l'absence de corps. C'est une catégorie juridiquement différente de l'inhumation ordinaire : la personne est officiellement morte selon une décision judiciaire, mais les restes n'existent pas.
La cérémonie est liée à un cénotaphe — une tombe symbolique. C'est là qu'on déploie le drapeau d'État, qu'on joue le signal « Honneurs », qu'on tire trois salves à blanc et qu'on remet solennellement le drapeau aux proches selon une formule établie. Le drapeau est ensuite conservé par la famille en tant que relique — il n'est pas restitué à l'État.
Qui décide et comment de la tenue de la cérémonie
L'initiative revient aux proches ou aux parents du décédé. S'il n'y en a pas, la décision peut être prise par le commandant de garnison, le directeur du centre territorial de conscription ou le chef de l'administration d'État locale. Autrement dit, l'État peut mener le rituel sans le consentement de la famille — si la famille n'existe tout simplement plus.
« Le document a été élaboré afin de réglementer les questions relatives au rendu des honneurs militaires aux personnes qui ont défendu l'indépendance, la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine, parmi lesquelles figurent les personnes déclarées mortes par la cour ».
Service de presse de la Rada suprême
L'ampleur du problème que résout la loi
C'est la Première ministre Julia Sviridenko qui a lancé l'initiative législative. La base de données de recherche publique Ukpovis enregistre plus de 2700 militaires portés disparus — et ce ne sont que ceux dont les familles ont déposé un appel à la recherche. Le nombre réel est beaucoup plus élevé : certains disparus pourraient être en captivité, d'autres ont été tués sans possibilité d'identifier le corps. C'est précisément pour ce dernier groupe que la procédure judiciaire de reconnaissance du décès devient l'unique instrument juridique — et désormais une cérémonie d'État s'y ajoute.
Ce que la loi ne résout pas
Le rituel est un acte symbolique, non un statut juridique. Il n'accélère pas la procédure judiciaire de reconnaissance du décès, ne facilite pas l'accès des familles aux indemnisations et ne remplace pas le travail d'identification des corps. Entre la décision judiciaire et les véritables adieux, la famille parcourt un chemin séparé, souvent épuisant, à travers les tribunaux et les structures militaires — la loi ne touche pas à cette partie.
La question est de savoir si les familles recevront un véritable accompagnement pour traverser la procédure judiciaire, sans laquelle le nouveau rituel est simplement inaccessible — ou si la loi restera un droit sur le papier pour ceux qui savent déjà comment l'utiliser.