Kallas s'est elle-même bloquée le rôle : qui peut vraiment parler à Moscou au nom de l'UE

La chef de la diplomatie européenne a ouvertement aspiré au rôle de représentante de l'Europe dans les négociations — et ce faisant, l'a rendu impossible. Bruxelles cherche maintenant quelqu'un que Poutine accepterait au moins d'écouter.

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Кая Каллас (Фото: Olivier Hoslet/EPA)

Kaja Kallas est la candidate la plus logique pour le rôle de négociateur européen auprès de la Russie. Et pourtant, selon Politico citant trois diplomates européens, c'est elle-même qui s'en est effectivement exclue. « Malheureusement, elle s'est auto-disqualifiée », a déclaré l'un des hauts diplomates de l'UE.

Le problème n'est pas la position — c'est la perception

La raison officielle est la rhétorique antirusse dure de Kallas, qui la rend inacceptable pour Moscou. Mais il y a aussi une dimension interne : selon Politico, elle entretient des relations tendues avec Ursula von der Leyen, qui reprend progressivement les fonctions traditionnellement dévolues au service diplomatique de l'UE. Certains États membres — notamment la Slovaquie — demandent ouvertement sa démission, invoquant sa « haine de la Russie ».

Le paradoxe est qu'une semaine plus tôt, Kallas déclarait qu'elle voulait personnellement représenter l'Europe dans le dialogue avec la Russie. Autrement dit, d'une prétention au rôle à l'auto-exclusion, une semaine s'est écoulée.

Trois noms, trois problèmes

À Bruxelles, on recherche une alternative. Politico et Der Spiegel citent trois principaux candidats — et chacun d'entre eux a des défauts structurels.

  • Angela Merkel. Elle connaît Poutine et Zelenski personnellement, parle le russe — ce sont des avantages réels. Mais les échecs passés de la médiation (accords de Minsk, « Nordstream ») sont considérés par beaucoup en Europe comme une raison suffisante pour la disqualifier. Le bureau de Merkel l'a confirmé : aucune demande officielle n'a été reçue, et ils n'ont pas répondu à une question directe sur leur disponibilité à servir de médiatrice.
  • Alexander Stubb. Le président finlandais a appelé publiquement à des négociations directes entre l'Europe et Poutine et entretient de bonnes relations avec Trump — ce qui constitue un atout dans le contexte actuel. Mais l'adhésion de la Finlande à l'OTAN réduit son attrait pour Moscou, et il n'a pas encore un large soutien au sein de l'UE.
  • Mario Draghi. L'ancien président de la BCE et premier ministre italien est perçu comme la figure la plus neutre. Mais il n'a jamais déclaré publiquement sa disponibilité.

Schröder : le candidat de Poutine

Le 9 mai, après le défilé militaire à Moscou, Poutine a appelé l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder la « meilleure candidate » pour les négociations entre la RF et l'Europe. Kallas a réagi vigoureusement : compte tenu de son lobbying en faveur des intérêts des sociétés d'État russes, Schröder « siégerait des deux côtés de la table des négociations à la fois ».

« Cela ne ressemble pas à une proposition diplomatique sérieuse, mais plutôt à une tentative de feindre la volonté de parler — et de semer une nouvelle division en Europe ».

Source diplomatique citée par les médias européens

Berlin a réagi avec retenue : une source de l'AFP au sein du gouvernement allemand a qualifié la proposition de Poutine de jeu informatif plutôt que de diplomatie réelle. Selon les médias allemands, le gouvernement Scholz n'est pas encore prêt pour des négociations — car les demandes de Moscou n'ont pas changé.

Un rôle sans mandat

Un détail clé facile à négliger : le rôle lui-même n'existe pas encore. Il n'y a ni décision formelle de l'UE de créer un poste de négociateur spécial, ni mandat défini, ni mécanisme de responsabilité devant les États membres. Ce qui est discuté n'est pas un candidat à un poste — c'est la question de savoir si un tel poste est nécessaire.

Cela signifie que tout nom sur la liste n'est pour l'instant que spéculation, et non un processus diplomatique. Et c'est justement là le vrai conflit du moment : l'Union européenne se sent pressée d'entrer dans un espace de négociation, mais n'a ni position commune, ni personne pour la représenter.

Si l'UE ne se décide pas sur un candidat et un mandat avant que les États-Unis et la Russie ne s'assoient à table sans l'Europe, la question du rôle de Bruxelles dans un futur règlement disparaîtra d'elle-même.

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