Qui paie la paix qu'elle n'a pas demandée : l'Europe compte les frais des décisions de Washington

L'accord de Trump avec l'Iran coûtera plus cher aux alliés qu'ils ne l'anticipaient : le détroit d'Ormuz, les factures de gaz et le budget d'aide à l'Ukraine concurrencent pour les mêmes fonds.

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Дональд Трамп (Фото: EPA/JIM LO SCALZO)

Lorsque Donald Trump a annoncé un accord avec l'Iran, les diplomates à Bruxelles ont sorti les calculatrices — non le champagne. Le schéma qui émerge est simple et douloureux : les États-Unis prennent les décisions, l'Europe finance les conséquences.

Le détroit qu'il faut déminer

Le premier poste de dépenses — le détroit d'Ormuz. Les budgets français, allemand et britannique prévoient déjà des fonds pour des opérations maritimes dans la région. Berlin et Bruxelles ont déclaré publiquement leur disposition à envoyer des dragueurs de mines après la fin des combats. Mais Boris Pistorius, ministre allemand de la Défense, ne cache pas son scepticisme :

« Qu'attend le monde, qu'attend Donald Trump de deux douzaines de frégates européennes dans le détroit d'Ormuz — réaliser ce que la puissante flotte américaine ne peut pas faire seule là-bas ? »

Boris Pistorius, ministre allemand de la Défense

Le tableau technique n'est pas rassurant. L'institut de Washington a calculé avant le conflit qu'il faudrait jusqu'à 16 dragueurs de mines pour déminer le détroit. La marine américaine en compte sept, et selon Reuters, la flotte a refusé d'assurer une escorte dans le Golfe. L'Iran, selon le renseignement américain, a conservé entre 80 et 90 pour cent de ses petits navires et des groupes de pose de mines.

La facture du gaz : 1100 € par habitant

Deuxième poste — l'énergie. Le centre d'analyse Bruegel de Bruxelles a averti : bien que seulement 8 % des importations de gaz naturel liquéfié de l'UE proviennent du Qatar via Ormuz, l'intensification de la concurrence sur le marché mondial frappera tous les importateurs. En 2025, l'UE a dépensé 396 milliards d'euros pour l'importation de combustibles fossiles — environ 1100 euros par habitant. Un nouveau choc des prix reproduit la mécanique de 2022 : l'argent s'écoule des ménages européens vers les exportateurs d'énergie.

L'ironie veut que Trump ait partiellement « résolu » le problème du pétrole cher en levant temporairement les sanctions sur le pétrole russe. Le chancelier Olaf Scholz et le président Macron ont réagi vivement : « En aucun cas l'augmentation du prix du pétrole ne doit nous faire changer notre position envers la Russie », a insisté Macron. Zelensky l'a noté directement : la Russie recevra plus d'argent — et plus de drones.

Le budget de soutien à l'Ukraine : la queue s'allonge

C'est précisément ici que la boucle se ferme. Les fonctionnaires bruxellois avertissent déjà les gouvernements contre les subventions énergétiques excessives — non par cruauté, mais par simple arithmétique. Comme le rapporte Pravda EU, les commissaires mettent en garde contre des « conséquences budgétaires sérieuses » : la pandémie, la guerre en Ukraine et la montée des dépenses de défense après 2022 ont déjà épuisé le coussin. Le déficit budgétaire de l'Italie a dépassé 3 % du PIB ; les ministres des finances de cinq pays — l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, le Portugal et l'Autriche — ont appelé à l'introduction d'une taxe européenne commune sur les surprofits des entreprises énergétiques.

Nathalie Tocci, directrice de l'Institut italien des relations internationales (IAI), formule le problème systémique de manière brutale : « Quand les Européens se redressent — le ciel ne tombe pas. Quand ils plient les genoux — ils invitent simplement une nouvelle intimidation de la Maison Blanche ». Ce n'est pas une maxime morale — c'est une description de la logique financière : les concessions ne réduisent pas les factures.

Chatham House propose une issue concrète : un instrument commun de financement de la défense et du soutien à l'Ukraine de 300 à 400 milliards d'euros — sur le modèle du NextGenerationEU. Sans ce mécanisme, avertissent les analystes, l'Europe réagira à chaque nouvelle crise par un paquet d'urgence distinct, sans avoir ni voix au chapitre ni profondeur stratégique.

La question clé

Si d'ici l'automne 2025, la France, l'Allemagne et la Pologne ne s'entendent pas sur un mécanisme de financement commun de la défense et de la reconstruction — les ressources de soutien à l'Ukraine entreront réellement en concurrence avec les subventions au gaz et les opérations maritimes à Ormuz. L'Europe est-elle prête à payer les trois factures simultanément sans avoir le droit de vote lors de la signature d'aucune d'entre elles ?

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