Le 20 mai 2026, le ministère britannique du Commerce a émis sans déclaration publique une licence commerciale générale : à partir de ce moment, le Royaume-Uni peut importer du diesel et du carburant d'aviation produit à partir de pétrole russe dans des pays tiers — notamment en Inde et en Turquie. La licence est entrée en vigueur le même jour et s'applique « indéfiniment avec possibilité de révision ».
Dans un document séparé, Londres a également assoupli temporairement — jusqu'au 1er janvier 2027 — les sanctions sur le transport maritime du gaz naturel liquéfié provenant de certaines usines russes.
Le schéma est simple : repeindre en Inde — et en avant
Formellement, la Grande-Bretagne n'a pas levé les sanctions contre la Russie. Elle a simplement reporté l'entrée en vigueur de l'interdiction des produits dérivés des matières premières russes. L'effet pratique est différent : si le pétrole russe a subi un traitement minimal en Inde ou en Turquie, il devient à nouveau acceptable pour le marché britannique. C'est précisément cette « chaîne de blanchiment » que la flotte fantôme utilise depuis des années — et que les critiques qualifient de principale faille du régime de sanctions.
« Ce n'est pas le moment d'assouplir les sanctions contre la Russie, car la Russie bénéficie effectivement de la guerre en Iran en réalisant des surprofits importants grâce à la hausse des prix de l'énergie ».
Valdis Dombrovskis, commissaire européen aux Affaires économiques, 21 mai 2026
Dombrovskis a précisé que la décision de Londres a constitué une surprise pour l'UE, et a promis de la discuter au plus vite avec la partie britannique. L'indignation de Bruxelles est amplifiée par la chronologie : littéralement la veille, les ministres des Finances du G7 ont confirmé dans une déclaration commune leur « engagement indéfectible » à maintenir des sanctions strictes contre Moscou.
Starmer a même mis en colère son propre parti
Le gouvernement de Keir Starmer a conduit la décision dans le plus grand secret — sans conférences de presse ni débats parlementaires. Selon Politico, cela a provoqué des critiques non seulement de l'opposition, mais aussi au sein du Parti travailliste. La chef des Conservateurs, Kemi Badenoch, a écrit sur X : après 18 mois de slogans sur la « lutte contre Poutine », le gouvernement a discrètement ouvert les portes aux produits pétroliers russes.
Le ministre du Commerce, Chris Bryant, a reconnu que la licence avait été rédigée de manière « maladroite » et créait une « fausse impression ». Selon Bloomberg, il a promis de la « suspendre » — mais seulement quand la situation du marché le permettra. Pour l'instant, cette opportunité n'existe pas.
La guerre en Iran comme dénominateur commun
L'explication officielle de Londres — une crise énergétique causée par la fermeture du détroit d'Ormuz dans le contexte du conflit américano-israélo-iranien. En avril 2026, l'industrie aéronautique européenne avait mis en garde contre le risque de pénurie de carburéacteur à la veille du pic de la saison touristique. Les États-Unis avaient déjà renouvelé deux fois une exception pour le pétrole russe en mer — la Grande-Bretagne, en essence, a répété cette démarche, mais pour le carburant raffiné.
- La licence s'applique au diesel et au carburant d'aviation produits à partir de matières premières russes dans n'importe quel pays tiers.
- Une exception distincte concerne le GNL maritime provenant d'entreprises russes spécifiques, en vigueur jusqu'à la fin 2026.
- Les entreprises sont tenues de tenir des registres, mais le document ne prévoit aucun mécanisme de contrôle externe.
- En avril 2026, Londres n'avait confisqué aucun navire de la flotte fantôme — en raison de « différends interministériels ».
Le responsable de la politique de sanctions de l'Ukraine, Vladislav Vlasiuk, n'a pas caché son désaccord : selon lui, la pression sur la Russie ne devrait que s'intensifier, et la stabilité du marché devrait être assurée en éliminant les causes profondes — c'est-à-dire en résolvant la situation autour du détroit d'Ormuz, et non en achetant davantage de pétrole russe.
Si le détroit d'Ormuz reste fermé jusqu'à l'automne, la question n'est pas de savoir si d'autres pays de l'UE adopteront des mesures similaires — mais plutôt si Bruxelles disposera toujours des outils pour les en dissuader.