Angela Merkel a occupé le fauteuil de chancelière pendant 16 ans et a personnellement mené les négociations de Minsk de 2014-2015. C'est pourquoi, lorsqu'elle affirme que l'Union européenne gaspille son influence diplomatique, il ne s'agit pas d'une critique abstraite. C'est l'évaluation d'une personne qui sait à quoi ressemble une véritable salle de négociation.
Ce qu'a dit Merkel
Dans une interview accordée au radiodiffuseur public WDR, citée par Politico, l'ancienne chancelière allemande a déclaré que les négociations de paix avec la Russie concernant l'Ukraine doivent être menées par les responsables actuels des États européens, et non par des médiateurs extérieurs. Elle a critiqué l'UE pour ne pas utiliser son potentiel diplomatique afin de mettre fin à la guerre.
« Je pense que le soutien militaire que nous avons fourni jusqu'à présent est absolument justifié. [...] Mais nous devons prendre cela en main » — et par « nous », Merkel faisait référence à ceux qui sont actuellement au pouvoir.
Angela Merkel, interview WDR
Selon Merkel, les temps ont changé : l'Europe doit maintenant agir comme un véritable facteur de dissuasion pour la Russie — renforcer son potentiel défensif et soutenir l'Ukraine, tout en conservant des canaux diplomatiques. « Nous n'avons pas réussi, mais les tentatives de prévenir l'invasion n'étaient pas une erreur », a-t-elle déclaré, commentant sa propre politique d'avant-guerre.
Le paradoxe : elle-même est candidate
Alors que Merkel appelle les dirigeants actuels à agir, en coulisses, l'UE la considère elle-même comme un éventuel envoyé pour les négociations avec Moscou — précisément en raison de ses contacts personnels avec Poutine et Zelenski, selon le Spiegel, citant des sources dans les milieux politiques européens. Parmi les autres candidats mentionnés figurent le président finlandais Alexander Stubb et l'ancien premier ministre italien Mario Draghi.
Le bureau de Merkel a confirmé qu'aucune demande officielle concernant un tel rôle n'avait été reçue. Quant à savoir si elle accepterait, la réponse a été refusée.
Kaja Kallas, chef de la diplomatie de l'UE, a adopté une position ferme : il serait « peu judicieux » de permettre au Kremlin de dicter la candidature du négociateur. Selon trois diplomates de l'UE, Kallas elle-même, en raison de sa réputation anti-russe, s'est effectivement exclue des éventuels envoyés. Wolfgang Ischinger, président de la Conférence de Munich sur la sécurité, a souligné que le médiateur doit jouir d'un large soutien au sein de l'UE — en particulier de la part de l'Europe de l'Est et des pays baltes.
Réaction d'Europe de l'Est
La réaction à l'interview de Merkel s'est avérée divisée. L'ancien premier ministre letton Krišjānis Kariņš a déclaré qu'« on ne peut pas agir de bonne foi avec Poutine » et a accusé Merkel d'avoir ignoré les avertissements baltes. Margus Tsahkna, ministre des Affaires étrangères de l'Estonie, a noté : « La Russie elle-même est responsable de cette agression » — rejetant toute interprétation qui transfère une partie de la responsabilité à l'Occident.
- Merkel a personnellement mené les négociations de Minsk de 2014-2015 — et les critiques les considèrent comme un échec précisément parce qu'elles n'ont pas arrêté la guerre, mais seulement retardé l'invasion à grande échelle.
- Poutine a proposé d'impliquer dans les négociations l'ancien chancelier Gerhard Schröder — une proposition qui a été rejetée par Berlin et Bruxelles.
- Le principal problème dans le choix d'un négociateur, selon Politico, ne réside pas dans la position de la Russie ou de l'Ukraine, mais dans l'incapacité de l'Europe elle-même à s'accorder sur un candidat unique.
La déclaration de Merkel — selon laquelle l'Europe « doit prendre cela en main » — ne contient aucun mécanisme : ni mandat, ni format, ni définition de qui devrait concrètement s'asseoir à la table. C'est un diagnostic, pas un plan.
Si l'UE, d'ici à la fin du mois, lorsque les ministres des Affaires étrangères doivent discuter de la question de l'envoyé, ne s'accorde pas sur une candidature bénéficiant d'un large soutien — y compris de la part de l'Europe de l'Est — Bruxelles risque de rester un observateur des négociations qui définiront l'architecture de sécurité du continent à l'avenir.