États-Unis et Russie : des accords « après la paix » ou des accords « à la place de la paix » ?

Washington prépare simultanément de nouvelles sanctions contre le Kremlin tout en discutant avec lui de « grands projets mutuellement avantageux » — et pour l'instant, il reste flou de savoir ce qui deviendra une décision réelle et ce qui restera des paroles pour la presse.

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Володимир Путін і Дональд Трамп (Архівне фото: EPA)

Iouri Ouchakov s'est adressé aux journalistes après la rencontre de Poutine avec Steve Witkoff et Jared Kushner et a prononcé une phrase qui mérite d'être lue deux fois : les négociateurs ont discuté « assez en détail » des questions économiques et des « projets russes-américains potentiellement importants et mutuellement avantageux ». La guerre continue, le Donbass subit des bombardements, et on parle déjà d'affaires communes.

Le New York Times, citant deux responsables américains familiers avec le cours des négociations, rapporte que l'administration Trump envisage de conclure des accords commerciaux avec la Russie avant même un accord de paix avec l'Ukraine. La logique de l'un des interlocuteurs du journal est simple : les accords avant la fin de la guerre doivent montrer que Washington est sérieusement disposé à une « réinitialisation des relations » avec Moscou — et c'est précisément ce sérieux qui devrait pousser l'élite russe à faire pression sur Poutine pour la paix.

Le bâton existe, la carotte est discutable

Formellement, la stratégie de la Maison Blanche ressemble à un « bâton et carotte » classique. Trump a signé une loi imposant des sanctions contre la Russie, censée faire pression sur Poutine pour qu'il arrête la guerre. Mais en même temps, le leader de la Maison Blanche envisage des options pour normaliser les relations avec la Russie — autrement dit, la carotte est offerte en parallèle du bâton, et non après.

C'est ici que surgit la première fissure entre la déclaration et l'engagement. Un représentant de la Maison Blanche a déjà publiquement contredit le cadre du NYT, affirmant que les accords commerciaux avec la Russie ne seront pas conclus tant que la guerre en Ukraine persiste. Mais Trump lui-même a dit le contraire auparavant — et c'est précisément cette divergence entre les déclarations de l'administration qui montre à quel point la « réinitialisation » ressemble davantage à un message de sondage pour le Kremlin qu'à un cours convenu.

« Les questions économiques et les projets russes-américains potentiellement importants et mutuellement avantageux ont été discutés assez en détail »

Le mécanisme d'exécution : celui qui n'existe pas

Le rapport du NYT ne contient aucun point sur la façon dont les accords hypothétiques auraient acquis une forme juridique avant la fin de la guerre : s'agirait-il de mémorandums interétatiques, de contrats privés d'entreprises américaines sous le patronage politique de Washington, ou simplement de permissions de travail contournant certaines sanctions. Il s'agit de domaines — de l'énergie à, selon d'autres sources, la coopération dans l'Arctique — mais pas de délais, de sujets d'accords ou de mécanismes d'adoption.

Parallèlement, le Congrès américain vient de faire adopter par les deux chambres un paquet de sanctions incluant des tarifs douaniers pouvant atteindre 100 % pour ceux qui commercent avec la Russie — une décision qui rend difficile tout « dégel économique » rapide, indépendamment de ce que souhaite la Maison Blanche. Les Républicains et les Démocrates au Congrès sont convaincus que seul un renforcement de la pression économique et militaire sur le Kremlin peut forcer Poutine à arrêter la guerre — et cela contredit directement la logique de la « carotte avant la paix » décrite par le NYT.

Ce que dit l'autre côté

La réaction du Kremlin est tout à fait conforme aux attentes : Ouchakov a volontiers confirmé le fait des négociations sur les projets communs, car pour Moscou, toute mention d'un rapprochement économique avec les États-Unis est déjà une victoire diplomatique, indépendamment de la suite des événements. Mais selon le même rapport du NYT, Poutine a déclaré aux négociateurs américains qu'il capturerait le Donbass en quelques mois — et Kushner n'a pas été d'accord. Autrement dit, lors d'une même réunion, on a parlé à la fois des « projets mutuellement avantageux » et des plans de capture ultérieure du territoire ukrainien.

Après son voyage à Moscou et à Kyiv, Kushner a ouvertement exprimé le doute que Poutine soit prêt pour de véritables négociations. C'est un détail clé : la personne qui mène elle-même les négociations sur les possibles accords économiques avec la Russie n'est pas publiquement convaincue des intentions de l'autre partie concernant la paix en général.

  • Le premier ministre tchèque Babiš a déclaré que pour mettre fin à la guerre, il faudrait apparemment faire pression non seulement sur Poutine, mais aussi sur Zelenski — une rhétorique qui s'inscrit dans la tendance générale de dilution de la responsabilité de l'agresseur.
  • Le 5 septembre, Witkoff et Kushner se sont rendus à Moscou, et dès le 6 septembre — pour la première fois à Kyiv, où ils ont soulevé la question d'une trêve énergétique.

Ce que cela signifie réellement

Pour l'instant, nous avons non pas une décision, mais un signal, et même ce signal se contredit : certaines sources de l'administration font allusion à des accords avant la paix, d'autres le nient officiellement, tandis que le Congrès resserre parallèlement l'étau des sanctions. Pour le Kremlin, toute mention publique de « projets mutuellement avantageux » est déjà un instrument de propagande intérieure suggérant que les sanctions ne fonctionnent pas et que les affaires avec les États-Unis peuvent continuer malgré la guerre.

La question qui reste ouverte : est-ce que la discussion des projets économiques deviendra un véritable levier capable de forcer l'entourage de Poutine à faire pression sur lui pour la paix, ou le Kremlin utilisera-t-il simplement les négociations elles-mêmes comme preuve que l'isolement a échoué — sans aucune concession concernant le Donbass ou l'arrêt des combats.

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