Dans le silence du Conseil de sécurité : comment la Russie présidait l'ONU pendant qu'elle frappait l'Ukraine — témoignage de Kyslytsia

Serhii Kyslytsia, dans une interview à la BBC, évoque la nuit du 24 février 2022 : la Russie présidait le Conseil de sécurité de l'ONU et a refusé de « réveiller » Lavrov lorsque les premières frappes ont commencé. Ce n'est pas un épisode fortuit — c'est un test de la capacité des institutions internationales à réagir en cas d'agression.

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Сергій Кислиця (Фото: Justin Lane/EPA)

Nuit dramatique dans la salle du Conseil de sécurité

Le vice-chef du bureau du président Sergii Kyslytsia, qui en février 2022 était représentant permanent de l'Ukraine auprès de l'ONU, a décrit dans un entretien avec la BBC un moment qui paraît encore absurde à de nombreux diplomates : au moment où les premières frappes russes avaient déjà commencé, c'est la Conseil de sécurité de l'ONU qui était formellement présidée par la Russie.

Selon Kyslytsia, jusqu'à 22h00 (heure de New York) les représentants présents dans la salle recevaient des assurances qu'il n'y aurait pas d'attaque. Lorsque l'information des frappes est arrivée sur leurs téléphones, la délégation ukrainienne a exigé des explications de la part de la Russie.

"J'ai demandé au représentant permanent de la RF d'appeler Lavrov pour qu'il explique la situation. Mais il a répondu calmement : 'Je ne réveillerai personne'."

— Sergii Kyslytsia, vice-chef du bureau du président (en 2022 — représentant permanent de l'Ukraine auprès de l'ONU), entretien avec la BBC

Pourquoi c'est important

Cet épisode a plusieurs dimensions. D'une part, il illustre la rupture symbolique et pratique entre les normes procédurales de l'ONU et les actions d'un État agresseur : lorsque ceux qui assurent la présidence attaquent en même temps, l'efficacité des mécanismes de réaction immédiate baisse sensiblement.

D'autre part, le simple fait de refuser de "réveiller" le ministre n'est pas seulement une audace diplomatique, c'est aussi un indicateur de la manière dont le Kremlin avait planifié l'opération et du faible poids que les formalités internationales représentaient pour lui. Comme le notent des diplomates à New York et des analystes internationaux, de tels cas sapent la confiance dans les procédures censées prévenir une escalade.

Contexte — quatrième anniversaire et réaction internationale

Ce témoignage intervient à l'occasion du quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle — un jour où des dirigeants mondiaux se sont rendus à Kiev et où les partenaires européens réaffirment leur solidarité. Le souvenir de cette nuit souligne que les questions de sécurité critiques se règlent souvent non pas sur les bancs officiels, mais dans la mesure où l'information circule par téléphone et dans les couloirs.

Quelles suites ?

L'épisode Kyslytsia n'est pas seulement une chronique d'indélicatesse, c'est aussi une base pour des conclusions pratiques : les règles actuelles de l'ONU sont-elles suffisantes pour répondre à un État qui utilise simultanément la procédure et viole la paix ? Les analystes rappellent que les actes doivent se traduire par des changements dans les mécanismes de réaction, et que les condamnations symboliques doivent devenir des décisions concrètes des partenaires et des réformes institutionnelles.

La question qui reste : les institutions internationales en tireront-elles des leçons pour que, à l'avenir, un tel « silence dans la salle » ne serve pas de couverture à l'agression ?

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