L'UE cherche un plan B au cas où Orbán obtiendrait un nouveau mandat : de la suspension du droit de vote à l'exclusion

Politico, citant dix diplomates, a révélé les discussions internes à Bruxelles sur ce qu'il faudrait faire de la Hongrie si Orbán remportait les élections d'avril. Les options vont de modifications techniques de la procédure de vote à des mécanismes jamais utilisés au sein de l'UE.

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Віктор Орбан (Фото: Olivier Matthys/EPA)

Quand un des membres du club bloque systématiquement les décisions communes — y compris un prêt à une alliée en état de guerre — le club commence à réfléchir à la façon de changer les règles. C’est ce qui se passe actuellement à Bruxelles.

Le magazine Politico s’est entretenu avec dix responsables et diplomates de l’UE et a constaté : si Viktor Orbán l’emporte aux élections du 12 avril, certains États membres sont prêts à discuter de mesures jusqu’ici considérées comme tabou. Parmi elles — la modification du mécanisme de vote au sein du Conseil de l’UE, la suspension du droit de vote de la Hongrie en vertu de l’article 7 du traité et, en ultime recours, l’exclusion du bloc — une procédure qui n’a encore jamais eu lieu dans l’histoire de l’UE.

«Si Orbán gagne, tout sera différent», a déclaré un haut diplomate, sans préciser en quoi. Un autre interlocuteur de Politico a formulé cela plus précisément : «Beaucoup estiment que la ligne rouge a déjà été franchie — en bloquant le prêt à l’Ukraine — et qu’il faut agir. Mais on ne sait pas exactement quoi.»

Cette imprécision est le principal problème. L’UE dispose d’outils sur le papier — mais presque aucun précédent d’usage réel. L’article 7, qui permet de suspendre le droit de vote d’un État fautif, a été invoqué contre la Hongrie et la Pologne, mais n’a jamais atteint sa phase finale : il exige l’unanimité du Conseil, donc l’accord de la Hongrie elle‑même ou de tout autre État prêt à bloquer la décision.

Modifier la procédure de vote est une voie moins spectaculaire, mais potentiellement plus efficace. L’élargissement du champ des questions traitées à la majorité qualifiée au lieu de l’unanimité n’exige techniquement pas le consentement de Budapest pour chaque décision concrète. Mais cela nécessite une modification des traités — et donc des années de négociations et de ratifications.

Orbán, de son côté, montre qu’il maîtrise bien ses leviers. Le blocage du paquet de 50 milliards d’euros pour l’Ukraine lors du sommet de décembre a montré qu’un pays peut paralyser un mécanisme fondé sur le consensus entre 27 États. Finalement, le prêt a été adopté — mais seulement après que Budapest ait obtenu une partie des fonds européens qui lui étaient gelés.

La question que la discussion évite pour l’instant : Bruxelles a‑t‑il la volonté politique de porter l’un ou l’autre de ces plans jusqu’à leur mise en œuvre réelle — ou la conversation sur « l’exclusion » et la « suspension » restera‑t‑elle un instrument de pression avant le vote du 12 avril ?

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