Les malversations dans les appels d'offres en Ukraine ne sont pas seulement une faute administrative. Dans certaines conditions, un fonctionnaire ou un entrepreneur peut être condamné à une véritable peine d'emprisonnement. Mais entre la disposition légale et le verdict au tribunal — il existe une distance que les chiffres décrivent mieux que les déclarations.
Qui est le plus souvent visé
Myroslava Drach, juriste du cabinet juridique « Prykhodko et associés », explique : la qualification précise dépend du mode de violation, du cercle des personnes impliquées et du montant des préjudices. En pratique, selon la plateforme analytique DOZORRO, c'est le plus souvent le responsable du maître d'ouvrage qui fait l'objet de poursuites pénales — celui qui a signé les documents et lancé l'appel d'offres.
Quel article — quelle sanction
Les autorités chargées de l'application de la loi travaillent principalement avec deux articles du Code pénal :
- Article 191 — appropriation ou détournement de biens d'État par abus de fonctions. Sanction — de 5 à 8 ans d'emprisonnement, et en cas de « conséquences graves » — jusqu'à 12 ans avec confiscation de biens.
- Article 364 — abus d'autorité ou de fonctions. La Cour suprême, dans sa décision du 10 février 2025, a précisé : pour constituer le crime, il suffit d'un abus conscient, même sans accord préalable avec le bénéficiaire — mais seulement si le fonctionnaire comprenait qu'un tiers obtenait illégalement un avantage.
Le seuil du « préjudice substantiel » qui déclenche les poursuites pénales est de 151 400 hryvnias en 2024 (100 salaires minimaux non imposables). Les « conséquences graves » — à partir de 378 500 hryvnias (250 salaires minimaux).
Statistiques : les procédures augmentent, les condamnations bien plus lentement
Selon DOZORRO, le nombre de procédures pénales dans les marchés publics a augmenté de 343 en 2021 à 779 en 2023. Environ 180 affaires sont transmises au tribunal chaque année — c'est-à-dire moins d'une sur quatre qui complète l'enquête préliminaire. En 2024 seulement, suite aux demandes de l'équipe DOZORRO, 22 nouvelles procédures ont été ouvertes.
« L'essentiel pour la constitution du crime en vertu de l'article 364 du Code pénal est la commission consciente d'un abus de fonctions »
Décision de la Cour suprême du 10.02.2025, affaire n° 757/11969/18-k
Où le système dysfonctionne
Le problème ne vient pas des sanctions — elles sont sévères. Le problème est que entre l'enregistrement au registre et une véritable condamnation — il s'écoule des années. L'enquête préliminaire, la transmission au tribunal, le procès — chaque étape peut durer des années, en particulier en temps de guerre quand les tribunaux sont surchargés. Les sanctions administrative-commerciales — amendes, interdiction de participer aux appels d'offres — sont appliquées plus rapidement, mais ne produisent pas d'effet dissuasif pour les systèmes générant des millions de transactions.
Si l'État ne réduit pas le délai moyen entre l'ouverture d'une procédure et une condamnation — quelque chose changera-t-il du fait que sur le papier la loi prévoit 12 ans ?