Sur fond de déclarations de Donald Trump sur la possible sortie des États-Unis de l'OTAN, Volodymyr Zelensky a rendu publique une idée qui aurait semblé marginale il y a quelques années : la création d'une nouvelle alliance de défense en Europe, ouverte aux États qui se situent en dehors de l'Union européenne.
Ce n'est pas la première tentative de repenser l'architecture de la sécurité sur le continent, mais pour la première fois, elle ne semble pas être une discussion académique, mais plutôt une réponse à une pression concrète provenant de Washington.
Qu'est-ce qui a été proposé exactement
Selon Zelensky, la nouvelle structure devrait englober les États qui ne sont pas membres de l'UE ou qui se trouvent dans une situation suspendue concernant l'adhésion à l'OTAN. Il s'agit avant tout de l'Ukraine, de la Géorgie, de la Moldavie — des pays qui aspirent formellement à l'intégration euro-atlantique, mais qui restent en réalité dans une zone grise en matière de garanties de sécurité.
L'idée fait appel à une logique simple : si les structures existantes ne peuvent pas ou ne veulent pas offrir de véritables garanties, un système parallèle est nécessaire. Non pas à la place de l'OTAN — à côté de celle-ci.
Le conflit réel de l'idée
Le problème ne réside pas dans les intentions, mais dans la mécanique. L'OTAN repose sur l'article 5 — la défense collective avec un engagement clair. Toute nouvelle alliance fait immédiatement face à la question : qui et comment garantit la défense mutuelle ? Il est facile de signer une déclaration. Des troupes françaises ou britanniques sous Kharkiv — c'est une autre histoire.
Il est révélateur que les mesures les plus concrètes dans cette direction ne soient pas prises par un nouveau bloc, mais par des accords bilatéraux de sécurité. La Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne ont signé avec l'Ukraine des accords qui contiennent des engagements en matière de soutien — mais sans mécanisme automatique d'intervention militaire.
En d'autres termes, l'architecture se construit déjà — par fragments, sans nom commun ni commandement unifié.
Pourquoi c'est important maintenant
Trump est retourné à la Maison-Blanche avec une rhétorique claire : les États-Unis repensent leurs obligations envers les alliés qui « ne paient pas assez ». Pour l'Europe, ce n'est pas simplement une pression diplomatique — c'est un signal qu'il ne faut plus supposer par défaut que le parapluie américain fonctionnera sous la forme qu'il avait depuis 1949.
Dans ce contexte, la proposition de Zelensky n'est pas tant un plan définitif qu'une articulation du problème que les capitales européennes préféreraient continuer à repousser.
Regard critique
L'idée d'un nouveau bloc a une faiblesse évidente : les États les plus puissants, dont la participation le rendrait réel — la France, la Grande-Bretagne, la Pologne — sont déjà membres de l'OTAN. Leur motivation à construire une structure parallèle est limitée. Et les pays qui ont le plus besoin de garanties ont le moins à offrir en retour.
De plus, toute nouvelle structure nécessite des années d'institutionnalisation — des états-majors, des chaînes de commandement, des exercices communs, des procédures d'interopérabilité. La guerre n'attend pas la bureaucratie.
La question qui reste ouverte
Si d'ici la fin de 2025 aucun grand État européen ne soutient l'idée d'un nouveau bloc de défense avec des engagements concrets — cela signifierait-il que l'Europe a choisi la voie des accords bilatéraux ponctuels plutôt qu'une réponse systémique à l'effondrement de l'ancienne architecture de sécurité ?