Borodianka a déjà enterré les siens — en 2022 la ville est devenue le symbole des atrocités russes. Maintenant elle enterre ceux qui sont partis se battre ensuite.
Le 30 mars, à Borodianka, on fait ses adieux à Tetiana Kosian — instructrice sanitaire du poste médical d'un bataillon mécanisé. Elle avait 35 ans.
Elle a signé un contrat le 26 février 2025. Elle est morte le 23 mars lors d'une mission de combat — 25 jours avant ces adieux. Entre la signature du contrat et sa mort — moins d'un mois.
Une instructrice sanitaire, c'est une personne qui évacue les blessés sous le feu. Pas « quelque part à l'arrière », pas « en soutien ». C'est un travail sous les balles, les mains tâchées du sang d'autrui, la douleur d'autrui comme seul repère. Le conseil communal de Borodianka a écrit, selon la formule habituelle : « a vaillamment accompli son devoir, sauvant la vie de ses camarades ». Derrière cette formulation — une action physique précise à un instant précis, qui lui a coûté la vie.
À 11h30 à Borodianka, un corridor humain s'alignera du quartier « Круг » jusqu'à Tsentralna, 237. À 12h00 — l'office religieux. Elle sera enterrée au vieux cimetière.
Kosian est venue volontairement — pas par mobilisation, mais par contrat. C'est important, car cela signifie : elle a choisi. Et elle a choisi la médecine sous le feu plutôt que la vie civile.
Combien de femmes comme elle — sous contrat, avec une trousse médicale, affectées à un bataillon précis — font aujourd'hui la même chose qu'elle faisait jusqu'au 23 mars ? L'armée ukrainienne ne publie pas de données complètes sur les femmes soignantes dans les unités de combat. Mais chaque nouvelle Borodianka rappelle : ces statistiques ne sont pas une abstraction.