Le 5 juin, lors du sommet UE — Balkans occidentaux à Tivat (Monténégro), le chancelier allemand Friedrich Merz a formulé ce dont on parle généralement avec prudence à Bruxelles : le problème de l'élargissement ne concerne pas seulement les pays candidats. « Des lacunes existent aussi du côté de l'Union européenne », a-t-il déclaré, faisant référence à la procédure qui nécessite plus de 100 étapes et l'approbation unanime de chacun des plus de 30 chapitres de négociation par tous les membres du bloc.
Ce que Berlin et Paris ont proposé
À la veille du sommet, la France et l'Allemagne ont envoyé un document commun à la Commission européenne et aux États membres. Son essence — « l'intégration progressive » : les candidats obtiennent l'accès aux programmes, institutions et marché unique de l'UE en fonction des réformes qu'ils ont réellement mises en œuvre, avant l'adhésion formelle.
Selon Merz, lui et Macron sont venus à Tivat ensemble — avec précisément cette idée. Comme l'indique Euronews, le document propose à la Commission européenne d'élaborer des « éléments constitutifs » spécifiques pour chaque pays candidat : un accès privilégié au marché unique et le statut d'observateur aux organes de l'UE — en échange des progrès dans les réformes.
« L'élargissement reste l'un des outils les plus attractifs de l'Union. Mais cette politique a besoin d'un nouvel élan ».
Du document franco-allemand publié le 4 juin
Un détail crucial : les progrès réalisés sont réversibles — si un pays abandonne les réformes ou viole les valeurs fondamentales de l'UE, l'accès peut être retiré. C'est un mécanisme de pression intégré, qui n'existe pas dans la méthodologie actuelle.
Le Monténégro comme cas de test
Il est symbolique que le sommet se soit tenu précisément ici : le Monténégro est le seul pays de la région où l'UE a déjà créé un groupe de travail pour préparer un traité d'adhésion. Le slogan « 28 d'ici 28 » (soit 28e membre d'ici 2028) figure littéralement sur les flancs des avions de la compagnie aérienne nationale. Cependant, comme le notent les analystes, l'état du système judiciaire et de la gouvernance du pays est à la traîne même par rapport à la Serbie — ce qui rend son adhésion plutôt un précédent symbolique qu'un succès automatique.
L'Ukraine et les Balkans dans un même document
La proposition franco-allemande ne couvre pas seulement les Balkans — elle concerne également l'Ukraine et la Moldavie. C'est un contexte important : Bruxelles fait face à des pressions pour accélérer l'adhésion de Kyïv, tandis que les candidats des Balkans, qui satisfont aux conditions depuis des années, se sentent écartés. Le modèle progressif résout théoriquement cette contradiction — mais seulement si les « éléments constitutifs » sont les mêmes pour tous.
- Simplification de la procédure : fusion d'une partie des plus de 100 étapes procédurales, ouverture de tous les chapitres de négociation immédiatement après la recommandation de la Commission européenne
- Accès au marché unique avant l'adhésion complète — comme stimulant, non comme cadeau
- Statut d'observateur aux institutions de l'UE à un stade intermédiaire
- Réversibilité de toute préférence en cas d'abandon des réformes
Le document a été transmis à la Commission européenne — mais aucun mandat spécifique pour développer une base législative n'existe encore. Si la Commission ne le reçoit pas d'ici la fin de l'année, l'initiative franco-allemande risque de connaître le sort des « nouveaux élans » précédents — rester une déclaration en marge d'un sommet.