Pékin dément — mais Poutine vole déjà : pourquoi le ministère chinois des Affaires étrangères a appelé la publication du FT une « pure fiction »

Le Financial Times a rapporté que Xi Jinping aurait averti Trump que Poutine pourrait regretter l'invasion. Le ministère chinois des Affaires étrangères a rejeté cette information comme une fabrication, juste au moment où Poutine se rendait à Pékin.

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Лідери КНР та США (Фото: Maxim Shemetov/EPA)

Lundi 19 mai, le Financial Times, citant plusieurs personnes au courant de l'évaluation américaine du sommet de Pékin, a rapporté que lors des négociations avec Donald Trump du 13 au 15 mai, Xi Jinping a déclaré que Poutine pourrait finalement regretter l'invasion à grande échelle de l'Ukraine. Selon le journal, il s'agit de l'évaluation personnelle la plus dure que le leader chinois ait jamais formulée concernant la décision du Kremlin.

Le même jour, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPC Guo Jiakun a qualifié la publication de « pure fiction contredisant les faits » lors d'une conférence de presse. Ni la Maison Blanche ni l'ambassade de Chine à Washington n'ont répondu aux demandes des journalistes ; le document final officiel du côté américain suite au sommet ne mentionnait pas du tout Poutine et l'Ukraine.

Chronologie qui donne du contexte

La publication du FT a été publiée un jour avant que Poutine ne soit censé arriver à Pékin — c'est sa 25e visite en Chine. En annonçant la réunion, le ministère des Affaires étrangères de la RPC a énuméré les sujets : relations bilatérales, coopération économique, « questions internationales et régionales ». L'Ukraine était absente de la liste officielle.

La coïncidence est évidente : la dénégation est intervenue au moment même où toute confirmation des paroles de Xi aurait transformé la réception de Poutine en humiliation publique de l'hôte. Confirmer la fuite — c'est recevoir un invité avec un fardeau réputationnel. Démentir — c'est préserver le protocole.

Ce que le FT a vraiment affirm — et ce qu'il n'a pas affirmé

Détail important, facile à perdre de vue : le FT ne citait pas les participants aux négociations, mais des personnes familiarisées avec l'évaluation américaine du sommet. Autrement dit, la source vient du côté américain, non du côté chinois. Pékin ne dément pas le fait des négociations, mais la formulation spécifique — et il le fait en une seule phrase, sans détails.

« Les commentaires de Xi sur la décision de Poutine de lancer l'invasion en 2022 semblent avoir dépassé ses positions antérieures »

Financial Times, 19 mai 2026

À titre de comparaison : l'une des sources du FT, familiarisée avec les réunions précédentes de Xi avec Biden, a noté que le leader chinois menait alors des conversations « franches et directes » sur la Russie et l'Ukraine, mais n'avait jamais formulé d'évaluation personnelle de Poutine ou de la guerre. Si la nouvelle publication est exacte — c'est véritablement un saut qualitatif dans la rhétorique.

Pourquoi c'est important pour l'Ukraine

Les analystes avertissent depuis longtemps : la Chine cherche à paraître comme un médiateur « responsable » aux yeux de l'Occident, tout en maintenant son partenariat avec Moscou. Le directeur de l'Agence de réforme du secteur de la sécurité, le général de division en retraite du SBU Viktor Yagun, a noté que pour Poutine, la visite à Pékin « semble être non pas un manœuvre géopolitique indépendant, mais un voyage après que Trump et Xi ont déjà discuté des paramètres principaux ».

C'est-à-dire que le schéma est le suivant : Xi parle avec Trump et fixe les paramètres, Poutine arrive dans une configuration déjà prête. La fuite au FT — intentionnelle ou non — a brisé cette séquence, présentant Xi comme un critique de son allié à la veille de son arrivée.

  • Au cours du même sommet, Trump a proposé aux États-Unis, à la Chine et à la Russie de s'unir contre la Cour pénale internationale — un détail que Pékin officiel n'a également pas commenté publiquement.
  • Wang Yi a confirmé que l'Ukraine avait été discutée lors des négociations, et que la Chine avait « à sa manière » fait beaucoup pour la paix — sans précisions.
  • La Maison Blanche a publié le document final du sommet sans aucune mention de la Russie ou de Poutine.

Si les paroles de Xi ont été prononcées — Pékin a ouvert une fenêtre pour faire pression sur Moscou, que nul des participants du triangle n'a encore utilisée. Si non — le FT est devenu un instrument des intérêts de quelqu'un dans la bureaucratie américaine, intéressé à montrer des progrès sur le dossier chinois. On ne pourra vérifier cela que lorsque la Chine fera quelque chose de concret : soit elle soutendra un mécanisme de pression sur la Russie, soit elle se limitera à nouveau à des « appels à la paix » sans destinataire.

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