Il y a quelques années encore, un « cas complexe » typique en obstétrique correspondait à une maladie concomitante. Aujourd'hui, les médecins voient de plus en plus souvent trois ou quatre diagnostics à la fois dans le dossier médical d'une patiente. Et ce n'est pas une coïncidence.
Qu'est-ce qui a changé
L'obstétricien-gynécologue Vladislav Yavir a noté dans un commentaire à UNN une tendance que les cliniciens observent pratiquement partout : les femmes deviennent enceintes avec des maladies chroniques déjà existantes, et la grossesse les aggrave ou en provoque de nouvelles.
« Nous sommes maintenant confrontés plus souvent non pas à une seule maladie, mais à un ensemble de maladies, à une combinaison de pathologies, telles que, par exemple, l'anémie, le diabète gestationnel, la prééclampsie et l'hypertension chronique, l'hypertension artérielle ».
Vladislav Yavir, obstétricien-gynécologue
Chacune de ces pathologies prise isolément est un état maîtrisable. En combinaison — elles se renforcent mutuellement : l'anémie réduit la réserve d'adaptation, l'hypertension sur fond de prééclampsie augmente le risque d'éclampsie, le diabète non compensé endommage les vaisseaux du placenta. C'est précisément cette combinaison, et non chaque diagnostic en soi, qui est la principale source de complications.
Les chiffres derrière les paroles du médecin
- Le diabète gestationnel se développe chez 5-10 % des femmes enceintes — principalement au deuxième trimestre, lorsque les hormones placentaires intensifient la résistance à l'insuline.
- L'anémie ferriprive reste la pathologie la plus courante de la grossesse en Ukraine ; si elle est présente dès le premier trimestre — cela signifie presque toujours que la maladie existait avant la conception.
- Selon l'UNFPA, le taux de mortalité maternelle en Ukraine a augmenté de 18,9 à 25,9 cas pour 100 000 naissances vivantes entre 2023 et 2024 — une augmentation d'environ 37 %. Parmi les causes — les complications liées à une surveillance insuffisante ou inopportune.
Une dimension distincte : les femmes des territoires proches du front
Yavir met particulièrement l'accent sur le problème des patientes insuffisamment examinées. Il s'agit avant tout des femmes des régions proches du front et occupées — celles qui n'ont pas accès physiquement à un suivi médical, ou qui l'ont reporté en raison d'une évacuation, du stress, ou de l'absence de documents.
L'UNFPA a soutenu en 2024 les centres périnatals près de la ligne de front, notamment le centre régional de Zaporijjia, où les médecins pratiquent des accouchements dans des conditions de bombardements constants. Mais le soutien infrastructurel ne résout pas le problème des femmes qui n'ont tout simplement pas pu se rendre à la maternité — ni pour un examen, ni pour un suivi de la grossesse.
Le danger ici ne réside pas seulement dans le fait que la pathologie n'est pas détectée à temps. Une femme non examinée atteinte de prééclampsie ou d'un diabète non compensé arrive à l'hôpital déjà dans un état où la fenêtre de traitement planifié est fermée — il ne reste que l'aide d'urgence.
Ce qui aide réellement
La prévention dans ce contexte n'est pas un vague « mode de vie sain et vitamines ». Les médecins parlent de choses concrètes :
- Préparation pré-conception — examen avant la grossesse, pour identifier et compenser les états chroniques avant qu'ils ne deviennent des complications obstétricales.
- Inscription précoce au registre médical — avant 12 semaines, lorsque le dépistage de base permet de dresser un tableau réaliste des risques.
- Test de tolérance au glucose à 24-28 semaines — le seul moyen fiable de détecter le diabète gestationnel, car il est souvent asymptomatique.
- Contrôle de la tension artérielle et numération formule sanguine complète à chaque visite — pour ne pas manquer le début de l'anémie ou de l'hypertension.
Pour les femmes qui ne peuvent pas se rendre physiquement chez le médecin, l'UNFPA et la communauté médicale ukrainienne développent des consultations par télémédecine : les consultations à distance ne remplacent pas l'échographie, mais permettent d'évaluer les plaintes à temps et d'orienter vers les structures disposant de l'équipement nécessaire.
La question clé n'est pas médicale, mais logistique : si une femme d'une zone proche du front ne peut physiquement pas accéder à un spécialiste au premier trimestre — quel mécanisme concret de brigades mobiles ou itinérantes du ministère de la Santé a été mis en place dans sa région et fonctionne-t-il réellement ?