Lorsque la banque centrale d'un pays inscrit une croissance économique nulle dans son scénario de base, ce n'est pas une simple correction technique des prévisions. C'est une reconnaissance que le modèle qui fonctionnait depuis quatre ans approche de ses limites.
Ce qui a été décidé le 24 juillet
Lors de la réunion du conseil des gouverneurs du 24 juillet, la Banque de Russie a abaissé son taux directeur de 25 points de base, le ramenant à 14% par an. Parallèlement, le régulateur a révisé sa prévision de croissance du PIB pour 2026 : de 0,5–1,5% précédemment à 0,0–1,0%. Au quatrième trimestre 2026 en rythme annualisé, elle passe de 1,0–2,0% à zéro à 1,5%.
Parallèlement, la gouverneure de la Banque centrale Elvira Nabiullina a annoncé un chiffre qui aurait provoqué une crise politique en temps de paix : le déficit budgétaire structurel primaire de 2026 s'élève à 2% du PIB. En 2027, il sera de 1%, et en 2028, de 0,5%. Selon Nabiullina, il s'agit d'une estimation de la Banque centrale qui sera affinée après que le gouvernement aura actualisé ses propres prévisions.
À titre de comparaison : lorsque le Kremlin a élaboré le budget de 2026, le déficit prévu était de 3,8 billions de roubles (1,6% du PIB). Mais dès les quatre premiers mois de l'année, l'écart budgétaire a atteint 5,9 billions de roubles — environ 2,5% du PIB, le plus haut niveau depuis l'invasion de 2022.
D'où vient ce « trou »
La réponse est simple en chiffres et complexe dans ses conséquences. Pour la défense et la sécurité dans le budget de 2026, 16,84 billions de roubles sont prévus — presque 40% des dépenses fédérales. Avec le service de la dette publique (8%), ces deux postes représentent environ la moitié de toutes les dépenses de l'État. Les infrastructures civiles, la santé, l'éducation — tout le reste se partage la seconde moitié.
Le ministre des Finances Anton Siluanov a demandé au gouvernement, selon le Financial Times, de geler 2,9 billions de roubles de dépenses civiles prévues pour l'année en cours, 5,4 billions pour 2027 et 7,1 billions pour 2028, afin de couvrir les dépenses militaires croissantes.
Ce que cela signifie pour les gens à l'intérieur de la Russie
Un taux élevé — 14% même après la dernière baisse — rend le crédit inaccessible aux entreprises civiles. Selon Meduza, l'endettement arriéré des entreprises russes a dépassé 8 billions de roubles (3,8% du PIB) — contre 2,4% du PIB au début de 2022. Il s'agit d'entreprises viables qui ne peuvent pas honorer leurs dettes en raison du coût de l'argent.
L'industrie est divisée en deux secteurs inégaux : le complexe militaro-industriel reçoit des commandes d'État et croît, tandis que la production civile stagne ou se contracte. Selon l'évaluation de Meduza, le volume de production dans le secteur civil de l'industrie manufacturière se maintient depuis plusieurs mois à environ 5% en dessous du niveau de décembre 2024.
« Tout assouplissement du taux directeur provoquera une accélération rapide de la hausse des prix, presque sans délai »
Oleg Vyugin, économiste, ancien premier vice-gouverneur de la Banque de Russie
C'est un piège : le taux doit être baissé pour ne pas étouffer le secteur civil, mais le baisser est dangereux car les attentes inflationnistes de la population se maintiennent régulièrement autour de 13%. La décision du 24 juillet — une baisse de seulement un quart de point de pourcentage — illustre l'étroitesse de la marge de manœuvre.
Ce qui n'est pas pris en compte dans la prévision de base
La Banque de Russie a abaissé sa prévision de prix du pétrole à des fins fiscales pour 2026, passant de 65 à 60 dollars le baril, et pour 2027-2028, de 55 à 50 dollars. Même une hausse temporaire des prix du pétrole due au conflit autour de l'Iran n'a pas modifié cette position prudente : le régulateur considère que le gain pétrolier est insuffisant pour couvrir les dépenses militaires croissantes à long terme.
Les prévisions pour 2027-2029 sont restées inchangées — une croissance de 1,5–2,5% par an. Mais ces chiffres reposent sur l'hypothèse que les dépenses se stabiliseront. Pour le moment, il n'existe aucun mécanisme de cette stabilisation : le budget de 2027 n'a pas encore été adopté, et le ministère des Finances demande le gel des dépenses civiles pour les années à venir.
Si d'ici la réunion de septembre de la Banque centrale, le gouvernement ne présente pas une trajectoire budgétaire actualisée avec une réduction réelle des dépenses militaires, la prévision de croissance nulle risque de devenir non plus la limite inférieure, mais la limite supérieure.